L'accent, notre identité face à l'uniformisation française
Dans cette France qui prétend nous unir sous sa bannière tricolore, nos accents résistent encore. Ils portent nos racines, nos territoires, notre âme. Pourtant, combien d'entre nous subissent quotidiennement les moqueries et les clichés de ceux qui croient détenir la "bonne" façon de parler ?
Quand l'accent devient un marqueur d'altérité
"Ah bah toi, tu es bien du nord, HEIN !" Cette phrase, beaucoup la connaissent. Comme cette journaliste de Calais qui se voit systématiquement étiquetée dès qu'elle prononce un "hein" ou articule le "t" final de "vingt". Son crime ? Parler avec l'accent de sa terre natale.
Robin, originaire de l'Ariège et installé dans les Ardennes, vit la même réalité. "Ce n'est pas méchant mais à la longue, c'est relou", confie-t-il. Chez le coiffeur, il suffit qu'il mentionne Toulouse pour s'entendre dire : "Ah oui ! Le painG !" Comme si son accent faisait de lui un étranger dans son propre pays.
Les clichés du Midi face à l'ignorance parisienne
Pour ceux du Sud, les remarques sont prévisibles : "Ah, ça sent les vacances" ou "ça ramène le soleil". Des phrases creuses qui révèlent une méconnaissance crasse des territoires français. "Moi je ramène le soleil que dalle, il pleut 300 jours par an à Charleville-Mézières", s'amuse Robin avec amertume.
Pire encore, cette manie de tout ramener à Marseille. "Ah, c'est l'accent de Marseille !", entend-on systématiquement. Comme si le Midi se résumait à la cité phocéenne. Entre Bordeaux et Foix, entre Toulouse et Nice, les nuances existent, les identités locales persistent.
L'uniformisation linguistique, un projet jacobin
Cette pression sociale pousse certains à gommer leur accent, à "se fondre dans la masse". Robin reconnaît qu'il "mâche ses mots" pour ne pas déranger. Il ne dit plus "moinS", évite de prononcer toutes les syllabes. Une auto-censure qui en dit long sur le projet d'uniformisation à l'œuvre.
Car derrière ces moqueries apparemment anodines se cache une vision centralisatrice de la France. Une France où Paris dicte la norme, où les particularismes locaux sont tolérés au mieux, moqués au pire.
Nos accents, nos passeports identitaires
"Un accent, c'est un passeport. Ça dit d'où tu viens", rappelle justement Alain, père de la journaliste. Cette fierté d'appartenir à un territoire qui a son signe distinctif mérite d'être défendue. Nos accents portent notre histoire, nos paysages, notre culture.
En Corse, nous le savons bien. Notre langue, notre façon de parler le français, notre musicalité méditerranéenne font partie intégrante de notre identité. Face aux tentatives d'uniformisation, nous devons résister.
Plutôt que de subir les clichés, revendiquons nos particularismes. Nos accents ne sont pas des curiosités folkloriques mais les témoins vivants de la diversité de nos territoires. Dans cette Europe des régions que nous appelons de nos vœux, chaque accent a sa place, chaque territoire sa voix.
Car au final, qui peut prétendre ne pas avoir d'accent ? Comme le dit si bien Alain : "Moi je dis que je n'ai pas d'accent, c'est vous qui en avez un." Une leçon d'humilité que Paris ferait bien de méditer.